Musiques et danses traditionnelles en Massif Central
Actualité et projets

Focus sur des collections d’archives sonores

Les enquêtes de Jacques Bouët auprès des habitants des massifs du Caroux et de l’Espinouse (Hérault)

Dans le cadre de ses études d’ethnologie, Jacques Bouët, aujourd’hui ethnomusicologue spécialiste de la langue roumaine, a réalisé une série d’entretiens avec des habitants des massifs du Caroux et de l’Espinouse (Hérault) dans les années 1970. Durant un été, Jacques Bouët est allé à la rencontre des familles et habitants des villages et a recueilli récits de vie, contes et chansons aussi bien en occitan qu’en français.

Cette campagne de collectage a été réalisée dans le cadre de la réalisation d’un mémoire "Faits relevant de l’ethnomusicologie dans la région du Caroux et de l’Espinouse" dans lequel il livre quelques informations sur le cadre de cette enquête :

« Les plateaux du Caroux et de l’Espinouse, bordés au sud par la vallée du Jaur et de l’Orb, forment une région géographique et culturelle assez homogène. Mais, du seul point de vue dialectal, cette région se rattache à un ensemble constitué par les départements de l’Hérault et de l’Aude et de l’est de la Haute-Garonne et de l’Ariège. D’autre part l’on y trouve des éléments culturels archaïques provenant tant du Massif Central que de la plaine languedocienne : c’est le cas par exemple, pour nous limiter au domaine de la musique, des bourrées montagnardes dont le centre de diffusion semble être le Massif Central, et de la danse des treilles venue du Bas-Languedoc. En fait l’homogénéité culturelle de cette région tient avant tout au fait que sa population est constituée de « montagnards » ; à ce point de vue, la mentalité des autochtones s’apparente plus à celle des populations du Massif Central et des Cévennes qu’à celle des « gens de la plaine ». Il serait difficile de trouver des caractéristiques plus profondes différenciant actuellement la région étudiée des régions de montagne voisine. Des différences plus profondes que de simple variantes ne sont plus guère perceptibles en France qu’entre de vastes ensembles régionaux, les cultures régionales étant prises depuis longtemps dans un processus d’homogénéisation. C’est encore une raison qui nous a fait apparaître la recherche à tout prix de faits idiosyncrasiques de la région étudiée comme vaine, et pour laquelle nous avons préféré nous limiter à faire ressortir le caractère archaïque pas toujours évident de certains faits observés.
La population d’autochtones continuant à parler quotidiennement le dialecte local et ayant choisi de rester dans le milieu natal plutôt que de suivre le mouvement d’émigration vers les villages de la plaine (de 1872 à 1962, 60% des habitants de l’Espinouse ont émigré vers Béziers, Montpellier et d’autres villes du Bas-Languedoc) n’est plus constitué actuellement que par des personnes au-dessus ou autour de cinquante ans. C’est pourquoi nous avons pris le parti de ne choisir comme informateurs que des personnes âgées (à l’exception de quelques enfants encore capables de fabriquer des instruments musicaux de jeu). C’est sur le passé de ces personnes âgées que nos questions ont porté avant tout, lors des entretiens forcément très directifs que nous avons eus avec elles.

Les questions que nous posions concernaient, en bref :

  • D’une part les circonstances dans lesquelles la musique intervenait autrefois
  • D’autre part, les instruments musicaux proprement dits et les instruments bruiteurs (fabrication, noms vernaculaires, technique d’exécution ou manipulation, groupe ou individus qui les utilisent...)
  • Enfin, les pièces musicales (vocales ou instrumentales) que les informateurs pourraient avoir gravées dans leur mémoire ; nous tentions dans ce cas, bien souvent sans succès malheureusement d’obtenir des informations sur l’origine des pièces musicales que nous recueillions (où avaient-elles été apprises ? Par qui ? En quelles circonstances étaient-elles exécutées ?).

Nous avions beau nous efforcer de cerner par nos questions tous les faits qu’il semblait possible de rencontrer, notre collecte, étant donné l’état fragmentaire de la « culture musicale » archaïque, était soumise à bien des aléas. Nous devions souvent obliger nos informateurs à faire un effort de mémoire que ceux-ci n’étaient pas toujours disposés à faire, ou qui pouvait n’aboutir qu’à du néant. Compte tenu de ces difficultés et du temps limité dont nous disposions, la quantité de faits recueillis (une cinquantaine de pièces musicales, vocales ou instrumentales, et une vingtaine d’instruments directement observés ou directement attestés) est relativement satisfaisante. »

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