Musiques et danses traditionnelles en Massif Central
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Focus sur des collections d’archives sonores

Charles Alexandre, collecteur et acteur du renouveau de la cornemuse du Languedoc

Charles Alexandre, Breton très tôt conquis par les musiques d’Occitanie, constitue l’un de ces artisans de la mémoire musicale et sonore de ces régions. Auteur de nombreuses enquêtes sur les musiques traditionnelles des pays d’Oc, Charles Alexandre se passionne notamment pour la bodega, la cornemuse du Haut-Languedoc, au cours des années 1970.

Charles Alexandre, acteur du renouveau des années 1970

Les recherches de Charles Alexandre sur le terrain, au plus près des bodegaires mais aussi de ceux dont la bodega a rythmé l’existence au cours des bals, des mariages ou dans la vie quotidienne, vont lui permettre de réinterpréter à son tour différents morceaux de la vie quotidienne de la Montagne noire et ses environs : « Réveillez-vous belle endormie », « La Joana Margoton »…

Le répertoire de la bodega, contrairement à l’instrument lui-même, plus que centenaire, propose de nombreux airs « récents ». Polka, mazurka et autres danses populaires d’origine étrangères progressivement assimilés dans les cultures populaires au XIX° siècle, constituent l’essentiel du répertoire de la bodega. Les morceaux anciens parvenus jusqu’à nous sont également fréquents dans ses enquêtes : rigodon, buffatières (la danse des soufflets), une buta vam (bourrée à trois temps), mais aussi virolet, farandoles et treilles.

Enregistrées dans le courant des années 1970, ces enquêtes et les travaux que Charles Alexandre publiera en parallèle (tout particulièrement l’étude La cornemuse du Languedoc, ouvrage de référence sur l’instrument et son répertoire culturel) vont contribuer au renouveau de la bodega.

Conservés par l’INOC-Aquitania dans le fonds Junqué-Oc /Jean Moureu - archives de la maison d’édition du même nom ayant édité de nombreux disques d’enquêtes et de collectages – l’intégralité des documents réalisés par Charles Alexandre autour de la bodega sont aujourd’hui accessibles via le méta-portai Massif.

Accéder aux enregistrements du fonds Charles Alexandre.

Qu’es aquò la bodega ?

Instrument à vent de la famille des cornemuses, la bodega, est également connue sous le nom de craba ou encore de Cornemuse du Languedoc. Sa pratique concerne en effet principalement le territoire du Haut-Languedoc, et plus particulièrement la Montagne Noire (Aude),le Sidobre et la vallée du Thoré (Tarn). Il se compose de trois tuyaux de bois : le hautbois/graile, sur lequel le bodegaire joue la mélodie, le bourdon, accompagnement en basse continue caractéristique, et le porte-vent/buffet permettant de remplir d’air le corps de l’instrument : l’outre/oire. Celui-ci est caractérisé par sa taille imposante (l’outre étant faîte dans la peau d’un animal entier, le plus souvent une chèvre) et ses deux anches, hautbois et bourdon.

La bodega semble être apparue très tôt dans les pays d’Oc. Des sculptures de la cathédrale d’Albi, de l’église de Villardonnel (commune d’adoption de Charles Alexandre) ainsi qu’une enluminure d’un manuscrit du Breviari d’Amor, oeuvre du biterrois Matfre d’Ermengaud. Cet instrument semble s’être fixé dans sa forme moderne dès le XIIe ou au XIIIe siècle, soit à la même époque que l’apparition de l’anche double.

Petite histoire de la Bodega


Si l’époque d’apparition de la bodega est aujourd’hui bien définie, l’origine de son nom demeure la source de nombreux questionnements. Il faut attendre le XVIIème siècle et l’ouvrage du toulousain J.Doujat, le Ditciounari Moundi (1638) pour voir clairement définie la cornemuse par le terme occitan bodega. Encore s’agit-il d’une désignation vague, pouvant être attribuée à n’importe quel type de cornemuse. Si les troubadours eux-mêmes utilisaient le terme de bot ou botz pour désigner une cornemuse, la consultation de dictionnaires anciens pour la langue d’oc, fait apparaître une définition toute autre.

La bodega semble avoir désigné à l’origine une outre. Il est possible que l’analogie entre l’instrument, dont le corps est constitué d’un important réservoir d’air s’apparentant justement à une outre, soit donc à l’origine du nom boudègue. Soulignons d’ailleurs qu’en Espagne, le terme de bodega, désignant actuellement un débit de boissons, provient lui aussi à l’origine d’une analogie avec les outres de vin conservées en ce lieu.

Anecdote méritant également d’être signalée, Frédéric Mistral dans son Trésor du Félibrige (Lou Tresor dou Felibrige, 1878), désigne du terme « boudego », tant la cornemuse qu’une personne ventrue. Notons enfin que cet instrument porte également le nom de « craba » dans le Tarn, terme qui dans le dialecte languedocien désigne la chèvre, animal dont la peau est le plus fréquemment utilisée pour réaliser l’outre, le réservoir d’air de l’instrument.

Pour en savoir plus

  • Bodega, Bordegaires. « Anthologie de la cornemuse du Haut-Languedoc ». Livret et 3 CDs. Centre Languedoc-Roussillon des Musiques et Danses Traditionnelles ; Conservatoire Occitan de Toulouse, Centre des Musiques et Danses Traditionnelles ; Cordae/La Talvera ; ADDMD 11. 2004.
  • ALEXANDRE, Charles. La cornemuse du Languedoc. Jurançon, 1979. (Cote CIRDOC : DM17 9.0678 ALEX c). Son édité.
  • ALEXANDRE, Charles. La cornemuse du Languedoc. Carcassonne, 1977. Etude sur la cornemuse du Languedoc.
  • JACQUES, Sophie ; VALENTIN, Stéphane. BODEGA. Buf de vida ! COQUINA MESCLANHA LATINA/ VENT TERRAL, 2010.