Musiques et danses traditionnelles en Massif Central
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Focus sur des collections d’archives sonores

Michel Péchadre, violoneux et sabotier originaire de l’Artense

Michel Péchadre (1891-1982)

Né le 18 avril 1891 à Bagnols (63), une commune au milieu de l’Artense, Michel Péchadre fait partie d’une famille de musiciens-violoneux. Son père Michel né en 1854 cultivateur et sabotier résidant à Trémouille St Loup 15), jouait déjà, ainsi que son frère plus âgé, Léger (1887-1970) qui résidera à Lanobre (15), tout comme deux de ses cousins à La Bessette (63) dont l’un jouait avec un violon monté à gauche du fait d’une blessure à la main occasionnée par un coup de fusil accidentel. Son apprentissage se fera dans ce contexte familial, son père n’ayant toutefois pu l’initier du fait d’une progressive paralysie du bras gauche. Musicien précoce habitant à cette époque à La Bessette, il vient jouer une première noce vers l’âge de seize ans à Thalamy en Corrèze, de l’autre coté de la Dordogne. Rescapé de la guerre de 1914-1918, plusieurs fois blessé : « On était six mille du régiment d’Auvergne on est revenus six cent !!! » il devient sabotier, habitué aux bivouacs hivernaux des cabanes de sabotiers dans les ravins des rives de la Dordogne où se trouve le meilleur bois pour les sabots… Il joue un grand nombre de noces et de bals dans cette vallée de la Dordogne entre Corrèze, Puy-de-Dôme et Cantal. Son jeu tout en fonctionnalité à la musique de danse est probablement un des plus vigoureux et des plus fins qu’on ait connu. Sa musique est extrêmement marquée par ce qui a été rétrospectivement appelé « le son de l’Artense » dont il est un des interprètes le plus caractéristiques. Sa musique, sans virtuosité apparente avec un jeu d’archet très anguleux et précis, un système d’ornements très courts et un jeu « à la corde » en permanence, est produite avec un violon posé à l’articulation du bras et un archet joué très bas avec la pointe. Son répertoire, très important, reste une référence dans le corpus violonistique du Massif Central et son discours sur la musique est empreint de termes hérités de pratiques anciennes quand il parle du « coup de tremblement » en lieu et place du terme « vibrato » ou des techniques d’interprétation ou l’on « joue le double » dans la variation de certains airs et de bourrées notamment.

Fort de sa technique de sabotier et lui-même très adroit — il pouvait fabriquer un sabot les yeux bandés — luthier à ses heures, il va réaliser une dizaine de violons avec son paroir de sabotier « tout blanc, ça sonnait mieux ! »(s.e. sans vernis). « Pour le bal, il fallait des violons durs, qui résistent, les violons doux ou trop souples, au bout d’une heure, ils ne sonnaient plus… ». Installé ultérieurement à Ussel en Corrèze — il est contremaitre dans la saboterie Dalègre à Saint-Exupéry — il y finira sa vie. En 1959, dans le cadre de la Mission Centre-France organisée par le Musée des Arts et Traditions Populaires, il est enregistré par Claudie Marcelle-Dubois et Marguerite Pichonnet-Andral, un des ses violons fait d’ailleurs partie de la collection du Musée. C’est enfin en 1975, qu’il sera rencontré à nouveau pour de nouveaux et fructueux enregistrements.

Suite de bourrées au violon

Enregistré par Michel Berger et Daniel Fresquet en novembre 1975 à Ussel (19).

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